RDC : Crise totale autour de la présidence de la CENI

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On prend les même et on recommence le même triste jeu entâché de non-respect des normes et des engagements politiques en RDC sur la question de la nomination de la nouvelle équipe chargée de gérer la fameuse Commission électorale nationale indépendante (CENI).

La précédente CENI est démissionnaire depuis le 30 juin 2019. Depuis, le FCC, la plateforme politique de Joseph Kabila, un temps majoritaire à l’Assemblée nationale sous la présidence de Félix Tshisekedi, a tenté d’imposer son candidat à la présidence de la CENI, Ronsard Malonda. L’église catholique (Cenco) et les Protestants (ECC), les deux principales institutions religieuses, avaient mis leur veto à cette désignation pourtant un temps portée par les six autres institutions religieuses impliquées dans le processus de désignation de la tête de la CENI.

Depuis, les jours ont passé, l’eau a coulé et les dollars aussi. La majorité FCC a explosé sous les coups de boutoir de la présidence de Félix Tshisekedi qui a coupé les liens avec cette famille pour créer une nouvelle majorité, l’Union Sacrée à coup de débauchages d’élus du FCC et de ralliements de la plupart des partis politiques de l’opposition trop heureux de faire mettre un genoux à terre à la Kabilie.

Aujourd’hui, la majorité de l’assemblée nationale congolaise s’est rangée comme un seul homme – ou presque – derrière le président Tshisekedi et son éminence grise Jean-Marc Kabund, premier vice-président de l’Assemblée nationale, président ai de l’UDPS, estampillé spécialiste es-langue latine depuis sa sortie dans la langue de Virgile (contemporain de la fin de la République romaine et du début du règne de l’empereur Auguste) « Ô tempore, ô morenso ». L’Union sacrée peut compter sur près de 360 élus sur les 500 que comptent l’Assemblée nationale.

Et la comédie amère peut reprendre. Le FCC voulait imposer Malonda par le truchement des six « petites » institutions religieuses et sa majorité politique. La création de l’Union sacrée l’en a empêché. Aujourd’hui, cette même Union sacrée (largement composée de transfuges de la majorité kabiliste donc d’ex-FCC), les mêmes « petites » institutions religieuses reviennent avec la même volonté d’imposer sans consensus leur nouveau candidat : Denis Kadima.

Sur base des mêmes critères; les mêmes élus, les mêmes religieux sont passés sans le moindre souci de Malonda à Kadima.

Dans le rôle des empêcheurs de tripatouiller en toute discrétion, les mêmes catholiques et protestants et une partie de l’Union sacrée, fédérée autour d’Ensemble pour la République de Moïse Katumbi (les groupes parlementaires MS-G7, AMK et alliés), sans oublier les députés demeurer fidèles à Kabila.

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Une majorité d’élus nationaux, gâtés par le pouvoir de Tshisekedi qui a offert une jeep Hyundai Palissade Luxury à chacun d’entre eux (valeur de +/- 55.000 dollars et un budget total de 27,5 millions de dollars), qui veut faire passer le budget de fonctionnement de l’Assemblée nationale de 170,4 millions de dollars en 2021 à 203,6 millions en 2022 (hausse de 19%) et leur salaire à 10.265 dollars par mois, sont déterminés à imposer Denis Kadima qui malgré un CV professionnel tout à fait acceptable, traîne comme un boulet sa proximité avec Tshisekedi. Et tant pis pour la crédibilité du scrutin de 2023.

Les membres de la majorité invoquent aujourd’hui  une urgence du calendrier pour mettre un terme aux négociations avec les catholiques, les protestants et les élus qui exigent un débat et une dépolitisation de cette CENI.

Et tant pis aussi pour toutes les instances internationales qui multiplient les appels pour l’organisation d’un scrutin crédible, inclusif et démocratique en RDC en 2023. Le processus électoral est plus que jamais en danger et l’Union Sacrée pourrait perdre sur ce coup de force les élus proches de Moïse Katumbi.

Ce vendredi 15 octobre, ces élus ont en effet  publié un communiqué qui évoque « le débauchage, la corruption et le cafouillage électoral en 2023 », suite à cette volonté de la majorité de l’Union sacrée d’imposer son choix. Le texte affirme encore : « Ensemble et les 2 groupes parlementaires considèrent que les principes et valeurs qui ont fondé l’Union sacrée sont trahis chaque jour au profit de quelques-uns » avant d’ajouter qu’ils « s’engagent à réévaluer la situation du pays et leur participation à l’Union sacrée. » Un peu plus loin, ils appellent « à la mobilisation des Congolais de toutes tendances, de toutes les provinces, de toutes les religions afin de sauver notre seul et unique pays de la décadence eu du chaos ».

Une sortie à mettre en parallèle avec l’interview accordée par Moïse Katumbi à Jeune Afrique le 20 août dernier dans laquelle l’ancien gouverneur du grand Katanga déclarait : « La désignation du président et des autres membres de la Ceni  est une autre ligne rouge. Leur nomination doit être consensuelle et conforme à la loi. Ce qui signifie qu’il faut laisser les confessions religieuses travailler sans pression, menace, intimidation ou manipulation, et qu’il faut tenir compte du poids de chacun des partenaires au sein de la majorité. »

Un nouveau divorce est en vue en RDC. Félix Tshisekedi, comme son prédécesseur, semble sourd aux appels internationaux. Il entend être réélu coûte que coûte (aux caisses de l’Eat) en 2023 et ne lésinera pas sur les modalités pour parvenir à ses fins.

Le scénario se répète en RDC. Pendant ce temps, malgré les centaines de millions de la communauté internationale, un peuple de près de 100 millions d’âmes vit dans des conditions infra-humaines avec moins d’un dollar mois. Le brasier congolais pourrait reprendre de la vigueur dans les prochaines semaines. Le pouvoir actuel fait tout ce qu’il peut en tout cas pour souffler sur la braise.

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