RDC: des opérations militaires avec l’Ouganda cachent des intérêts économiques

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Des opérations militaires des armées congolaise et ougandaise dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) cachent des intérêts économiques qui empiètent sur la zone d’influence du voisin rwandais, estime un groupe d’experts dans un rapport publié lundi. Lancée fin novembre par les Forces armées de la RDC (FARDC, gouvernementales) et celles de l’Ouganda (les « Uganda Peoples’ Defence Forces », UPDF), l’opération « Shujaa » avait pour objectif de neutraliser les rebelles du groupe Forces démocratiques alliées (ADF), auteurs de massacres de milliers de civils en RDC ainsi que d’attentats jihadistes sur le territoire ougandais.

Sept mois après, « les opérations militaires n’ont pas le succès annoncé », écrivent les organisations Groupe d’étude sur le Congo (GEC) et Ebuteli, liées à l’université de New York.

Malgré des bombardements massifs au début des opérations, « il ne semble pas que les ADF aient été structurellement affaiblies ». Au contraire, « les opérations semblent paradoxalement avoir rendu la frontière moins sûre qu’auparavant ». Les ADF ont commencé à massacrer des civils dans des villages frontaliers de l’Ouganda.

« Outre les intérêts sécuritaires, le gouvernement ougandais se concentre sur la sécurisation de ses investissements pétroliers et le renforcement des réseaux commerciaux » vers la RDC, où ses exportations formelles ont représenté en 2019 « 156 millions de dollars » et les exportations informelles, constituées en majorité de biens industriels, « 330 millions de dollars ».

Pour canaliser les flux commerciaux entre les deux pays, les présidents congolais Félix Tshisekedi et ougandais Yoweri Museveni ont convenu de reconstruire « 223 kilomètres de routes prioritaires » en RDC pour un coût estimé à « 335 millions de dollars ».

L’Ouganda tient de plus à sécuriser l’exploitation pétrolière dans le graben Albertine, où des gisements pétrolifères de plus d’un milliard de barils doivent être exploités au plus tard en 2025, une année avant la fin du mandat du président ougandais Yoweri Museveni.

« Cela pourrait être une raison majeure influençant l’intervention militaire ougandaise », dans le Nord-Kivu (est) jusqu’à la province voisine de l’Ituri (nord-est), frontalière de l’Ouganda où l’UPDF avait affronté en février des rebelles congolais du groupe Force patriotique et intégrationniste du Congo (FPIC), note le rapport.

Considérant les interventions ougandaises en RDC comme une menace, le président rwandais Paul Kagame a exprimé à de nombreuses reprises « son inquiétude ainsi que sa déception de ne pas être inclus dans l’opération militaire contre les ADF ». Il a déclaré envisager « +divers mécanismes+ pour résoudre les problèmes de sécurité dans l’est de la RDC », indique le rapport.

Le Mouvement du 23 mars (M23), une rébellion à dominante tutsi vaincue en 2013 par l’armée congolaise et les Casques bleus de la mission de l’ONU, a repris les armes fin 2021.

La RDC accuse le Rwanda de soutenir le M23, ce que Kigali dément. Mais des analystes interprètent « la résurgence du M23 comme une réaction de Kigali à l’influence et à la présence croissante de l’Ouganda dans l’est de la RD Congo », conclut le rapport.

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