RDC : Le Président du Senat affirme que le Président de la République est un Mai Mai

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En date du 24 Septembre 2022, le Président du Senat de la République démocratique du Congo (RDC), Modeste Bahati Lukwebo, en visite dans son fief de Bukavu, déclarait devant une foule de ses sympathisants : « Nous devons tous nous réjouir pacque nous avons un Président [Felix Tshisekedi] qui défend notre cause. Avez-vous suivi son discours à l’Assemblée Générale des Nations Unies ? L’avez-vous suivi ? Ce discours qu’il a prononcé démontre clairement qu’il est un Mai-Mai. »

En qualifiant le chef de l’état de Mai Mai dans un discours appelant également les sympathisants à soutenir ce dernier pendant la prochaine élection présidentielle de 2023, Mr. Lukwebo surfe ainsi sur un populisme ambiant en rapport avec la situation de guerre et d’insécurité quasi permanente qui prévaut dans les provinces orientales de la RDC pendant plus de deux décennies. Ce populisme se caractérise par une glorification des Mai Mai, constituant la grande majorité des groupes armés recensés dans cette partie du pays, les qualifiant de patriotes autochtones (wazalendo) tenant la dernière ligne de résistance contre l’agression étrangère et la balkanisation du pays. Il importe de rappeler qu’en Juillet dernier, ce même leader du Senat congolais s’était illustré par un discours populiste hostile à la présence de la MONUSCO tenu à Goma au lendemain duquel des violentes manifestations contre cette force coûtèrent plusieurs vies humaines aussi bien dans les rangs de la force onusienne que dans celui des manifestants.

La récente sortie de de Mr. Lukwebo recentre les propos de son homologue Président de l’Assemblée Nationale Christophe Mboso N’Kodia Pwanga qui, le 29 mars 2021, exhortait les députés du Nord-Kivu, Sud-Kivu et de l’Ituri à « quitter les groupes armés ». A l’époque, de nombreuses réactions à ces déclarations s’indignaient qu’une si haute autorité de l’État puisse formuler de si graves accusations contre des élus du peuple sans en présenter les preuves ni citer nommément les acteurs incriminés. Ainsi, au lendemain de cette déclaration, certains exigeaient la publication d’une liste « de tous les députés qui sont dans les groupes armés. » Une année plus tard, affirmer publiquement sa sympathie ou voire même des liens avec les groupes Mai Mai semble de moins en moins indignant et loin d’être un cas isolé dans la classe politique congolaise, surtout Kivutienne.

RDC: le président de l’Assemblée demande aux députés de l’est de quitter les groupes armés

Ainsi, en Janvier 2022, le Député Claude Misare, élu d’uvira, déclarait avoir facilité plusieurs rencontres entre une délégation des conseillers du président de la DRC avec des leaders des groupes armés dans le territoire d’Uvira. Ces rencontres visaient, disait-il, non pas leur désarmement mais plutôt à explorer les voies et moyens de renforcer leurs capacités. Le même député affirmait son soutien aux Mai Mai, notamment Biloze Bishambuke. En début Septembre 2022, le Ministre de l’enseignement supérieur Muhindo Nzangi relatait sa rencontre avec des responsables des groupes Mai Mai à Butembo. Ces propos confortent différents rapports faisant état de collaborations entre des groupes armées, notamment Mai Mai, et des (éléments) FARDC dans plusieurs secteurs de conflits.

Les propos de Mr. Lukwebo, analysés face à ces autres développements, traduisent les défis auxquels se heurtent les efforts visant le désarmement des groupes armés et la pacification de l’est de la RDC. En effet, depuis la résurgence M23, accusé par les autorités congolaises d’être téléguidé par le Rwanda, accusations que ce dernier rejette, le langage de nombreux acteurs politiques semble s’être radicalisé. Le M23 et Bunagana ont remplacé Minembwe d’il y a encore quelques mois, dans ce discours politique populiste, comme zones sous l’occupation étrangère devant être libérées. Des slogans, tels que « pas de Congo sans Bunagana », « non à la Balkanisation » ou affirmer son soutien aux FARDC semblent avoir remplacé l’adoption d’une stratégie globale et rationnelle impliquant différents partenaires en vue de trouver des solutions à long terme aux multiples défis ̶ aux dimensions historique, économique et identitaire ̶ à la source de l’insécurité.

Le conflit armé entre le M23 et les FARDC semble donc occulter la complexité et multiplicité des défis auxquels la sécurisation de cette partie de la RDC est confrontée. Malgré de multiples rapports démontrant que l’insécurité et les violences au Nord Kivu, Sud Kivu, Ituri ou ailleurs, notamment à Kwamouth ces dernières semaines, sont l’œuvre d’acteurs multiples et symptomatiques des défaillances structurelles des institutions étatiques, un narratif centré uniquement sur une agression étrangère, rwandaise, présente des atouts pour les autorités publiques. En désignant un ennemi extérieur, elle permet de mobiliser un sursaut nationaliste et de justifier, voire même a posteriori, l’action des groupes armés dit autochtones Mai Mai comme étant des porte-étendards d’une cause nationaliste. La non-reconnaissance du danger permanent que ces groupes représentent, y compris à travers de multiples exactions commises dans le présent comme dans le passé contre les civils mais aussi l’armée régulière, reflète l’état de déni et des stratégies court-termistes qui compliquent toute résolution compréhensive et à long terme des conflits

Le processus de paix dit de Nairobi visant le désarmement de la centaine des groupes armés opérant dans les deux Kivu et l’Ituri privilégiait le dialogue entre le gouvernement et différents groupes armés comme première étape sur cette voie. Le déploiement d’une force régionale selon des modalités devant encore être précisées viendrait ainsi accompagner cette résolution pacifique, y compris en procédant au désarmemant par la force des groupes armés réfractaires. Les récentes déclarations publiques des autorités congolaises traduisent un durcissement de ton : seule une solution militaires face à l’insécurité à l’est du pays semble dorénavant envisagée. Trouver un terrain d’entente entre la stratégie sélective adoptée par les autorités congolaises favorisant les interventions des États voisins à titre d’accord bilatéral (Ouganda, Burundi et Rwanda par le passé) et la stratégie d’intervention régionale s’annonce comme une tâche difficile. L’impunité qui accompagne ces dérives au sommet de l’État reflète la profondeur de la crise congolaise. Aujourd’hui plus qu’hier, l’exhortation de Mboso aux politiciens de quitter les groupes armés revêt encore plus de pertinence.

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