RDC : Marche pacifique du 15 septembre : traquenard ?

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Pour la première fois dans l’histoire de la lutte politique en RDC, une délégation de l’opposition, sous la bannière de la plateforme politique « LAMUKA », a osé se déplacer jusqu’à la Cour Pénale Internationale, à La Haye, pour y déposer officiellement un mémorandum documenté, reprenant des atteintes graves aux libertés individuelles et aux droits humains imputées au pouvoir en place.

Selon M. Albert Mukulubundu, Chargé des Relations Extérieures de « LAMUKA » qui livre l’information à Radio Okapi, l’objectif du dépôt de ce memo est d’alerter le Procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI), afin qu’il daigne documenter de manière exhaustive toutes les violations des droits de l’homme qui pourraient être relevées au cours de la marche nationale du 15 septembre 2021, en vue de pouvoir amorcer des éventuelles poursuites contre leurs auteurs.

Cette démarche jusqu’ici inédite a été initiée par l’Aile Extérieure de « LAMUKA », afin de prévenir des réactions disproportionnées malheureusement devenues habituelles de la part des forces de maintien de l’ordre lors de cette marche, organisée à l’appel du Présidium de « LAMUKA ». Elle se fonde sur les craintes dont ce dernier dit détenir des preuves, en l’occurrence :

  • la politisation de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), consacrée par la récente loi controversée portant organisation et fonctionnement de cette Centrale électorale ;

  • la vraisemblance du non-respect du calendrier électoral en vue d’obtenir malicieusement le report des scrutins de 2023 ;

  • le remaniement sectaire opéré par M. Félix Tshisekedi dans la composition de la Cour Constitutionnelle, désormais majoritairement acquise à sa cause et qui, seule, est compétente pour proclamer les résultats électoraux définitifs,

Comme on pouvait s’y attendre, la réaction du pouvoir n’a pas tardé. En effet, dans un premier temps, sous des motifs grotesques, le Gouverneur de la Ville de Kinshasa, s’est empressé d’interdire purement et simplement l’organisation de la manifestation populaire, avant de se raviser ensuite, pour finalement l’autoriser à la date du 17 septembre, soit deux jours après la date des organisateurs de la marche, sans doute dans la crainte des suites possibles du mémorandum déposé à la CPI.

Ainsi donc, comme la plateforme politique « LAMUKA » a maintenu la tenue de sa manifestation populaire pacifique à la date annoncée, les conditions d’une confrontation quasi inévitable se trouvent réunies.

A la différence de toutes les manifestations de l’opposition observées jusqu’ici, la détermination du leadership de « LAMUKA » à refuser d’obtempérer au veto des autorités politico-administratives constitue une posture largement partagée par la majorité de la population, sur toute l’étendue de la République.

Le décor étant ainsi posé, il n’est pas farfelu de se poser la question de savoir comment pourrait réagir la CPI en cas de possibles bavures policières de la part de forces de maintien de l’ordre, habituées à la répression sanglante de la moindre expression populaire. Voilà donc la raison pour laquelle M. Tshisekedi et les siens se retrouvent – qu’ils le veuillent ou non – devant un piège inextricable, un véritable traquenard qu’ils auront du mal à éviter si, comme cela se dessine, « LAMUKA » réussit à mobiliser de grandes foules, tant à Kinshasa que dans l’arrière-pays, de Congolaises et Congolais criant ensemble leur colère et leur opposition aux gestionnaires actuels de la res publica congolaise, comme ces derniers commencent déjà à le craindre.

Pendant que les stratèges du pouvoir en place planchent sur les voies et moyens de contenir cette marche de tous les dangers sans commettre des crimes mal venues, les communicateurs de « LAMUKA » n’ont de cesse de mobiliser, encore et encore, autour de Martin Fayulu et Adolphe Muzito, en insistant sur le fait que le 15 septembre 2021 ne doit pas être vu comme une fin en soi, mais plutôt comme le point de départ d’actions de plus en plus fortes qui devront amener les plus hautes autorités du pays à entendre le désaccord de la plus grande majorité des Congolais, non seulement sur les points relevés plus haut comme motivation de la démarche auprès de la CPI, mais également de toutes les autres revendications populaires sans cesse ignorées par les dirigeants !

Cette montée en régime des revendications populaires annoncée par « LAMUKA » va en effet de la dénonciation de l’échec des dirigeants à mettre fin aux massacres récurrents de civils congolais par des forces que l’armée nationale, profondément infiltrée, peine à clairement identifier, combattre et bouter hors du pays, en passant par la dénonciation des contrats obscurs signés dans le secret le plus complet et en violation de toutes les dispositions légales, à l’avantage exclusif de l’agresseur principal du peuple congolais des deux dernières décennies, à l’incapacité des gouvernants à mettre en place une organisation administrative, économique capable de fournir du travail, de la nourriture et des soins de santé décents à la population, ainsi que de relever substantiellement le niveau de l’ensemble des statistiques de la production nationale.

Il est clair que les divergences observées dans l’échiquier politique concernant le choix des futurs animateurs de la CENI cachent en réalité une malicieuse stratégie qui ne dit pas son nom, de la part du pouvoir, en vue de la prise du contrôle de la Centrale électorale pour les élections à venir.

Cela étant dit, il serait bénéfique pour tous que les autorités politico-administratives et militaires comprennent enfin qu’elles ont le devoir de prêter l’oreille à la revendication populaire, en l’encadrant dans les limites des droits et devoirs prescrits par la Constitution et les lois de la République. La Police et les Forces de Sécurité doivent arrêter de se comporter uniquement en puissances de répression, pour devenir ce qu’ils doivent être : les défenseurs et accompagnateurs de cette démocratie congolaise qui peine à naître de douleurs de son enfantement.

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