RDC: «Nous craignons que les polluants aient des effets à long terme sur la faune et la flore»

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En République démocratique du Congo, les rivières Tshikapa et Kasaï sont touchées par une grave pollution depuis fin juillet. Une pollution qui a des conséquences sur les populations riveraines. Pour en parler, notre invité est l’hydrologue Raphaël Tshimanga, directeur du Centre de recherche en ressources en eau du bassin du Congo (CRREBaC). Il répond aux questions de Magali Lagrange.

RFI : Comment se manifeste cette pollution ?

Raphaël Tshimanga : La pollution s’est manifestée manifeste par le changement brusque de l’échelle colorimétrique des eaux. Puis après, nous avons constaté la mortalité des poissons. Il y a eu aussi apparition de cas de diarrhées pour les populations riveraines. Il y a bien entendu d’autres grands mammifères [hippopotames, buffles…] qui ont été affectés, selon le rapport de l’ICCN [Institut congolais pour la conservation de la nature] que nous avons eu.

Que voulez-vous dire quand vous parlez de « changement d’échelle colorimétrique » ?

Cela veut dire que l’eau est devenue presque rouge.

C’est toujours le cas actuellement, cette pollution et cette couleur rouge sont toujours visibles ?

Non. Pour le moment, nous avons des informations, la couleur est en train de changer, de redevenir normale. Mais cela ne dit pas qu’il y a absence de polluants. Il peut y avoir pour le moment dépôt de matières en suspension sur les lits des rivières.

Vous avez parlé de poissons morts, d’effets sur certains grands mammifères également. Est-ce qu’on a une idée globale des effets sur l’environnement de ce bassin ?

Jusque-là, ce que nous pouvons déplorer, c’est qu’il n’y a pas une évaluation exhaustive des effets de cette catastrophe environnementale, si je peux l’appeler comme ça. Tant qu’il n’y aura pas cette évaluation exhaustive, nous serons en train de spéculer et peut-être que nous allons taper à côté en termes de mesures appropriées.

Pour les populations, quelles sont les conséquences sur le quotidien et quels sont les risques ?

D’abord, j’aimerais noter que c’est une zone vulnérable et les conséquences sont réelles sur le plan socio-économique. Nous voyons que ce sont des populations riveraines qui ne vivent, pour la plupart, que de ces rivières pour leurs besoins de subsistance. Sur le plan environnemental, nous voyons qu’il y a déjà des conséquences sur la biodiversité. Et là, nous sommes en train de craindre que les polluants puissent entrer dans la chaîne trophique, et cela va demeurer et continuer à avoir des effets sur la santé de la population, mais aussi sur la santé de la faune, de la flore, etc. C’est ce que nous sommes en train de craindre pour le moment.

Avez-vous une idée des polluants qui sont présents dans ces rivières ?

Ce que nous savons, c’est que la pollution vient de drainage minier acide. Quand une pollution vient du drainage minier acide, c’est qu’elle doit contenir des métaux lourds et des éléments de trace. Mais, il faudra que nous puissions faire des analyses appropriées pour pouvoir déterminer le polluant majeur et sa nature.

Donc, on ne sait pas évaluer non plus la toxicité de ces polluants pour l’instant ?

Exactement, quand nous aurons collecté les échantillons appropriés, que nous aurons fait des analyses de laboratoire, on pourra déterminer les types de polluants et leur toxicité.

En attendant ces évaluations, comment éviter que cette pollution se répande davantage, comment la contenir en fait ?

Il y a des mesures de prévention. Les populations ne doivent pas utiliser directement les eaux contaminées. Et cela, c’est une mesure qui a été prise au niveau provincial, mais aussi au niveau gouvernemental. Puis deuxièmement, je crois qu’il y a maintenant des mobilisations pour qu’on puisse avoir recours aux alternatives d’approvisionnement en eau potable pour les populations. Je pense qu’à la longue, il devrait aussi y avoir des mesures pour voir comment on peut avoir des activités alternatives de génération de revenus.

Vous avez l’impression que la réaction du gouvernement est adaptée et est assez rapide ?

Jusque-là, il n’y a pas de réaction, puisque nous attendions une réaction immédiate. Cela prend du temps, et il y a un risque que nous passions à côté des actions envisagées pour solutionner les problèmes, y compris les mécanismes de réparation.

Jusqu’où, selon vous, cette pollution est-elle susceptible de s’étendre ? La capitale Kinshasa par exemple risque-t-elle d’être touchée ?

Il faudra que nous puissions évaluer la concentration des polluants qui sont là. À partir de là, nous pourrons bien évaluer son degré de propagation. Mais, nous savons déjà que lorsque la pollution qui vient de la rivière du Kasaï se rencontre avec l’autre type de pollution, il y a des effets cumulés, et cela a des conséquences énormes sur les usagers qui sont en aval notamment, il y a Kinshasa qui est une grande ville. Les types de pollution tels que nous les avons vus, c’est vraiment sans précédent dans l’histoire de la République démocratique du Congo ou bien du bassin du Congo. Si bien que les capacités nécessaires pour faire face font cruellement défaut au niveau national.

Maintenant, quelle est l’urgence ? Qu’est-ce qu’il faut faire ?

Les mesures urgentes que nous avons demandées, c’est que d’abord notre gouvernement puisse se rassurer en collaboration avec le gouvernement angolais, où il y a la source des pollutions, qu’il y ait arrêt immédiat des rejets des polluants dans les cours d’eau. Deuxièmement, c’est qu’il fallait immédiatement conduire les équipes des experts et des scientifiques sur le terrain. Puis, nous avons aussi demandé que notre gouvernement puisse déclarer la catastrophe environnementale.

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