RDC: Ouverture du procès en plagiat autour de « L’Empire du silence »

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Le réalisateur congolais Gilbert Balufu Mbaye assigne en justice Thierry Michel et pointe les « ressemblances » du documentaire avec son propre film, Congo ! Le Silence des crimes oubliés. Le cinéaste belge dénonce la calomnie et la tentative de censure. Bataille juridique autour des images d’un peuple sacrifié

Un procès opposant deux cinéastes s’ouvre ce mardi au tribunal de Kinshasa Gombe. Le cinéaste Gilbert Balufu Mbaye accuse le réalisateur belge Thierry Michel de plagiat dans son dernier film en date L’Empire du silence. Relevant près de « 80 points de comparaison » avec son propre film, Congo ! Le silence des crimes oubliés sorti en 2015.

De son côté, le cinéaste belge dénonce la calomnie et la tentative de censure, soulignant que la sortie de son film au Congo déplaît forcément à une partie du pouvoir en place.
Précédemment, les prises de position de Thierry Michel ont pu énerver ou susciter des questionnements comme lorsqu’il dressait le portrait, jugé dans un premier temps trop élogieux, de Moïse Katumbi en rival de Kabila. Ou lorsqu’il pointait les responsabilités étatiques dans l’assassinat du militant des droits humains, Floribert Chebeya. En réponse à cette attaque, Thierry Michel et les Films de la passerelle, société productrice du film, ont d’ailleurs déposé plainte pour diffamation devant les tribunaux belges et congolais.

Batailles procédurales et imaginaire spolié…

Contrairement au procès intenté dans la foulée de la sortie du film L’Affaire Chebeya, il ne s’agit pas ici de contester la réalité mise en lumière par Thierry Michel mais bien la paternité ou l’originalité des images utilisées dans son documentaire. Le réalisateur congolais parlant à ce sujet de « vol » et de « viol de l’imaginaire ».

A ce sujet, deux choses sont incontestables : le film de Gilbert Balufu Mbaye, petit frère du cinéaste Balufu Bakupa Kaniynda, précède bien celui de Thierry Michel. Congo ! Le silence des crimes oubliés a été couronné du deuxième prix du meilleur documentaire lors du Fespaco 2017 avec un retentissement (forcément) moindre hors Afrique que celui de Thierry Michel, sorti en octobre 2021.

Un certain nombre d’images d’archives et d’interviews de témoins de premier plan de cette tragédie humanitaire se retrouvent bien dans les deux films. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Si les deux frères dénoncent la mainmise et « l’appropriation » de l’histoire congolaise, force est de reconnaître qu’en trente ans, Thierry Michel a largement arpenté le territoire de la RDC et creusé son histoire.  Une lettre ouverte dénonçant les « attaques mensongères des frères Balufu », initiée par le professeur d’université Alphonse Maindo, a recueilli près de 3000 signatures dont une très large majorité de Congolais.

Pendant ce temps, les massacres continuent

Les massacres et faits de guerre évoqués n’appartiennent ni à l’un ni à l’autre des deux réalisateurs et seront certainement encore abordés par d’autres journalistes et cinéastes aussi longtemps que cette situation de violences, d’injustice et de non-droit perdurera au Congo. Comme le rappelle fréquemment, avec colère et juste indignation, le Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018.

On ne peut donc que regretter que ce procès en plagiat et/ou calomnie détourne la justice congolaise et l’attention médiatique internationale de leur mission : révéler et/ou traduire en justice les véritables auteurs d’atrocités au Congo.

Karin Tshidimba

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