RDC: Ria Carbonez, conteuse du bout du monde

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Belgo-Congolaise, Ria Carbonez alerte, dans son nouveau spectacle, sur le sort tragique des enfants et des femmes en RDC.

Rencontre Stéphanie Bocart.

Conteuse professionnelle depuis une quinzaine d’années, Ria Carbonez sera sur la scène des Riches-Claires dès ce 12 janvier avec sa nouvelle création Le voyage du bout du monde, mis en scène par Alberto Garcia Sanchez. Si elle a déjà plusieurs spectacles à son actif, c’est “par hasard”qu’elle s’est destinée au conte. “Il y a très longtemps, raconte-t-elle, j’ai croisé une femme qu’on m’a présentée comme conteuse. Jusque-là, je ne savais pas que ce métier existait. J’ai eu une réaction physique : je me suis mise à trembler. Je me suis alors dit que j’avais peut-être quelque chose à faire dans ce domaine-là”. Dans un premier temps, elle suit des stages, écrit des histoires, etc. dans une démarche de développement personnel. Puis, “je suis partie au Congo pendant cinq ans avec mon mari et mes enfants”“Mais, comme femme de coopérant, je m’embêtais. Alors, pour m’occuper, j’ai monté mon premier spectacle, La mère des contes, qui m’a valu d’être retenu pour l’événement Yambi 2007”, qui a rassemblé 150 artistes congolais pour représenter la culture congolaise en Belgique.

En 2010, après avoir passé cinq ans à Kinshasa, elle revient vivre en Belgique. Mais elle peine à retrouver un emploi. “J’avais le choix entre tomber en dépression parce que je n’avais pas de boulot ou peut-être tomber en dépression parce que j’avais du mal à trouver du boulot dans le conte, reprend-elle. Donc, j’ai choisi la passion plutôt que la raison”.

“Assez rapidement”, Ria Carbonez a envie de monter sur scène avec ses contes. Souvent transmis dans de petits lieux, des bibliothèques…, devant un nombre restreint de spectateurs, “pour moi, le conte a aussi sa place sur scène”, défend-elle, car, ce qui, à ses yeux, fait le sel du conte par rapport au théâtre, “c’est le rapport au public”“Souvent, dans mes spectacles, je m’adresse aux spectateurs. Je leur demande comment ils vont, s’ils sont bien installés… Si un comédien fait ça, c’est que c’est écrit dans sa pièce. Moi, je m’inquiète vraiment de savoir comment sont installés les spectateurs. Le conte autorise à sortir, parfois, de l’histoire et à y revenir après, sans que ce soit écrit dans le texte.”

Renouer avec ses racines africaines

Née à Kimbao en République démocratique du Congo (RDC) en 1962 d’un père flamand et d’une mère congolaise, Ria Carbonez n’a que deux ans lorsqu’elle quitte sa terre natale pour la Belgique. Elle n’aura l’occasion d’y retourner que pour un court séjour, avant d’accompagner, en 2005, son époux à Kinshasa.

Imprégnés de son vécu, ses contes lui ont permis de renouer avec ses racines africaines, “de me retrouver, me redécouvrir”“Je suppose que beaucoup de métisses doivent ressentir ça, surtout quand on s’est senti privé d’une partie de ses origines. Je ne parle ni le flamand de mon père – même si je me débrouille parce que je l’ai appris à l’école – ni le kikongo de ma mère parce qu’ils ne nous l’ont pas appris. Donc, je me suis raccrochée à la nourriture”, sourit-elle. Cette expérience à Kinshasa aura été “une belle porte d’entrée” pour s’immerger dans la culture congolaise, “mais ce qui a fait la différence, c’est que j’ai eu la chance de pouvoir faire un voyage éclair au village de ma mère (dans la province du Bandundu, NdlR)”. “J’ai voyagé trois jours pour rester 48 heures sur place, se souvient-elle. Mais ce peu m’a nourri et je m’y accroche. C’est évident que quand je décris un village, c’est le village de ma mère”.

Enfants dits “sorciers” et viols

C’est également pendant son séjour dans la capitale congolaise que Ria Carbonez découvre un reportage consacré au Dr Denis Mukwege, surnommé “l’homme qui répare les femmes”, prix Nobel de la Paix 2018 pour son combat pour aider les femmes victimes de violences sexuelles en RDC. Ce documentaire la bouleverse profondément. “Des femmes se font massacrer par des gens qui font partie de mon peuple. Je ne le supporte pas”, confie-t-elle très émue. Elle écrit alors, sur place, une ébauche de conte, inspiré de La femme squelette, conte inuit dans lequel un père précipite sa fille du haut d’une falaise.

Rentrée en Belgique, elle s’attelle à l’écriture de deux autres contes, Thaambu Weele et Du bout des lèvres, en lien avec ses origines africaines et familiales. “Avec ces deux textes, je m’étais un peu allégée. Je pouvais désormais me consacrer à un conte plus profond, plus grave” : Le voyage du bout du monde dans lequel elle dénonce la condition des enfants dits “sorciers” ainsi que des jeunes filles et des femmes victimes de viol en RDC. “L’idée de ce spectacle est née en 2005-2006. J’aurais préféré que ça ne soit plus d’actualité et ranger ce conte dans un tiroir. Mais, non, malheureusement, c’est toujours d’actualité”, reprend Ria Carbonez. Alors que les thèmes qu’elle aborde ici sont éminemment difficiles, “je parviens à dire des choses assez trash sans que l’on s’encoure, mais je suis tout à fait consciente que je suis bien en-deçà de la réalité dans ce que je décris, estime-t-elle. J’essaie de faire passer que ça existe. Mais l’histoire se termine bien, même si on me l’a reproché parfois. Pour moi, je ne pouvais pas terminer ce spectacle sur une note négative”. Car derrière tout son travail de conteuse priment la vie et l’être humain.

-> Bruxelles, Les Riches-Claires, du 12 au 15 janvier. Infos et rés. au 02.548.25.80 ou sur www.lesrichesclaires.be

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