RDC : Violence anti-Monusco dans le Nord-Kivu

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La vague de violence anti-casques bleus qui a touché la ville de Goma (chef-lieu de la province du Nord-Kivu) lundi 25 juillet en République démocratique du Congo s’est propagée, ce mardi, à d’autres villes de la province.

Les affrontements de lundi à Goma ont fait au moins six morts dans les rangs des manifestants qui ont saccagé et pillé les bâtiments du siège de la mission des Nations unies en RDC.

Ce mardi, dès l’aube, les manifestants ont repris possession de la rue à Goma, mais aussi à Beni et Butembo pour crier leur détermination à voir partir la mission des Nations unies, incapable selon eux de mettre un terme aux exactions des multiples bandes armées qui sèment la mort dans les provinces du nord-est de la RDC.

À Goma, des centaines de manifestants ont ainsi envahi dès le matin les abords de la base logistique de la Monusco et n’ont pas hésité à attaquer le camp de transit de la mission situé hors du centre-ville. Les autorités ont relevé au moins 5 morts et une cinquantaine de blessés, selon Patrick Muyaya, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement.

À Butembo, le chef de la police urbaine a annoncé en milieu de journée un bilan toujours provisoire faisant état de la mort de dix personnes. “Trois morts parmi les membres de la Monusco, deux Indiens et un Marocain, et un blessé” et du “côté manifestants, sept morts et plusieurs blessés” ont été enregistrés, a déclaré à l’AFP le colonel Paul Ngoma, chef de la police de Butembo.

À Beni, ville située au nord de Butembo, les activités ont été paralysées par les manifestants qui réclamaient eux aussi le départ de la Monusco. La plupart des enseignes de la ville sont restées fermées une bonne partie de la journée.

Pas une première

Cette explosion de colère contre le contingent des casques bleus n’est pas une première. La mission (initialement baptisée Monuc), créée en 1999, n’est jamais parvenue à faire taire les armes dans ce nord-est congolais qui a fait et continue de faire la fortune de certains chefs de guerre et les affaires de nombreux rebelles qui n’hésitent pas à massacrer les populations civiles pour instiller la peur et pouvoir développer leur business en toute sérénité.

Une zone de non-droit

Dans cette zone à la frontière du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda, l’armée congolaise est régulièrement accusée de collusion avec les groupes rebelles en toute impunité. Récemment, l’un des chefs d’une ethnie du grand Kivu expliquait que l’Onu avec les organisations civiles de la région, avait identifié 62 hauts gradés de l’armée congolaise qui devaient être déplacés. “Tous sont en cheville avec des groupes rebelles ou des hommes d’affaires qui exploitent illégalement les richesses de nos provinces. Tant qu’ils seront sur le terrain, toute accalmie sera impossible”, expliquait-il, avant d’ajouter, “les responsables onusiens ont transmis cette lettre aux plus hautes autorités du pays depuis quelques semaines mais rien ne bouge”.

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Le retour des rebelles du M23, soutenus par Kigali, est une autre source de colère, explique un élu de la région. Cela fait plus d’un mois qu’ils contrôlent la ville de Bunagana, sur la frontière avec l’Ouganda. Les voisins laissent faire, l’armée dit qu’elle prépare une contre-offensive mais on voit surtout les gars du M23 s’installer durablement à la tête de la ville et progresser petit à petit dans les villages avoisinants.”

La Monusco n’est pas la seule responsable mais c’est la plus visible, explique un membre de la société civile du Nord-Kivu. En près de 25 ans, ce sont 25 milliards de dollars qui ont été investis pour une mission inutile. Nous, on voit ces gens passer dans des véhicules que nous ne pourrons jamais nous offrir, avec des armes meilleures que celles de nos militaires. Et quand la responsable, Mme Bintu Keita, prend la parole à l’Onu, c’est pour expliquer qu’ils sont démunis face au M23 qui agit comme une armée conventionnelle. C’est insupportable.”

D’autres pointent du doigt la responsabilité du pouvoir en place à Kinshasa. “Comme tout le monde, on a cru que l’alternance politique à la tête de l’État allait apporter un début de solution. Aujourd’hui, on a le sentiment que la gestion est pire que la précédente. Des accords ont été signés à tour de bras avec les voisins. On attend désormais que les militaires de ces pays voisins viennent patrouiller en toute légalité chez nous. C’est inacceptable et ça fait monter encore un peu plus une tension qui est déjà insupportable depuis le mois de mai 2021 et l’installation de l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.”

Pyromanes”

Dans ce climat de vive tension, la sortie le 15 juillet de Modeste Bahati, président du Sénat et donc n° 2 de l’État, a encore jeté de l’huile sur le feu.

En meeting à Goma, l’homme avait demandé à la Monusco de “plier bagage”. Ce lundi, toujours à Goma, tout est parti d’une manifestation “pacifique” organisée à l’appel des organisations de la société civile et de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti du président Félix Tshisekedi. “Ces gens sont des pyromanes”, reprend un représentant de l’opposition politique qui craint que la colère ne s’étende dans les prochains jours et met en garde : “Les mouvements déstabilisateurs viennent souvent de chez nous. »

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