Soudan du Sud: paroles de déplacés

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C’est la plus grande crise de déplacement en Afrique. Près de 4 millions de Sud-Soudanais vivent loin de chez eux, déplacés à l’intérieur du pays ou dans l’un des six États limitrophes, soit un tiers de la population du Soudan du Sud. Ils ont fui l’insécurité ou les chocs climatiques. Et ne rentrent pas chez eux malgré l’accord de paix signé en 2018. 

Avec pour seul outil ses mains, Joseph construit ce matin-là une clôture en bois autour de la petite parcelle de culture, qu’il a installée dans l’allée principale du camp pour nourrir sa famille. Originaire de Malakal, cela fait cinq ans qu’il vit sur ce site. Et malgré les discours optimistes des autorités, il n’envisage toujours pas de retourner chez lui. « C’est vrai que depuis l’accord de 2018, certaines choses se sont améliorées mais cela avance trop lentement. Il y a encore beaucoup de problèmes d’insécurité. On nous parle de la paix mais quelle paix ? À Malakal il n’y a pas la paix ! », explique-t-il.

Dix ans après l’indépendance du Soudan du Sud, pour cet ancien fonctionnaire, c’est la déception qui domine. « Je suis très déçu. Lorsque l’on était encore au Soudan, J’avais un travail. J’étais officier de police. Mais depuis, je suis déplacé, je n’ai plus rien à faire. J’avais de grandes et belles maisons et j’ai tout perdu. »

Anna Wore, 20 ans, lave quelques ustensiles sous sa tente exiguë. Elle aimerait rentrer chez elle mais la précarité dans laquelle la guerre a plongé sa famille, la contraint à rester ici. « On n’a aucun moyen pour rentrer. La plupart des gens de ma famille sont déplacés. Mon père est mort pendant la guerre en 2013, mon frère est mort. Je ne sais même pas où est ma grande sœur. Je ne sais même pas ou elles sont », raconte-t-elle.

Anna se sent de moins en moins en sécurité dans ce camp. Après la guerre civile, le site était placé sous la protection des Nations unies. Mais récemment, suite à l’accord de paix, l’ONU a transmis cette responsabilité aux forces gouvernementales, ces mêmes forces qu’Anna et ses proches avaient fui pendant la guerre civile. « On se sent en insécurité. On a très peur. Je n’ai pas confiance dans cet accord de paix. »

À l’entrée du camp résonnent des notes de musique traditionnelle du Soudan du Sud. C’est là que Deng Niah Choch a installé sa fondation. Ancien fonctionnaire du ministère de la culture après l’indépendance, il est déplacé lui aussi, et fait vivre dans le camp la diversité du Soudan du Sud, organisant concerts et ateliers théâtre, certain que la mosaïque ethnique de son jeune pays est un atout et non une fatalité. « La culture rassemble les gens. En apprenant des choses sur leur histoire, les gens peuvent apaiser leur traumatisme et tout cela contribue à lutter contre les fantômes du passé. »

La situation est difficile, mais c’est toujours mieux que de ne pas avoir de pays, dit-il, certain que les dirigeants de son pays finiront pas apprendre de leurs erreurs passées.

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