Soudan: Moataz al-Fateh, la peinture comme moyen d’expression face à la dictature

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                À travers ses tableaux, Moataz al-Fateh raconte le Soudan d’aujourd’hui et d’hier avec des couleurs inventées à partir d’ingrédients culinaires pour réaliser ses pigments. Une manière pour l’artiste de célébrer la nature et l’environnement dans lequel il est né et dont il puise son inspiration. Rencontre avec ce peintre atypique dans son atelier à Khartoum.                </p><div readability="91.041666666667">

                <p><em>De notre correspondant à Khartoum,</em>

Tel un chimiste dans son laboratoire, Moataz al-Fateh secoue de petits flacons transparents contenant des décoctions de couleurs différentes. Autour de lui, les murs sont tapissés de peintures. De fines silhouettes dansent dans un mélange de couleurs uniques, semblables à de l’aquarelle. Elles représentent des femmes soudanaises portant le « toub », la tunique traditionnelle.

« Pour la couleur rouge, j’utilise principalement de l’hibiscus. Pour le marron c’est de l’écorce de Doum, le fruit d’un palmier. Là sur ce tableau, les couleurs viennent de fleurs et de diverses plantes ou graines. Le noir je l’obtiens avec des noyaux de dattes. Je les brûle jusqu’à ce qu’ils deviennent comme du charbon. Puis il faut ajouter de la gomme arabique pour fixer la couleur. Avec un peu de science et de créativité, on tire des couleurs plus belles et plus saines que les peintures qu’on pourrait acheter en papeterie », assure-t-il.

Plusieurs fois par semaine, cet autodidacte reconvertit son atelier en salle d’arts plastiques pour des écoliers. Une manière pour lui de les sensibiliser à leur environnement.

« Il y a tant de choses dans la nature soudanaise qui sont inspirantes, mais malheureusement, dans ce pays on ne prend pas soin de l’environnement, déplore le peintre. Tous les fruits que j’ai mentionnés sont des produits locaux, ils proviennent du Soudan uniquement, dans des environnements précis où il n’y a pas de pollution. 90% de ces éléments, je vais les chercher moi-même à la main. Et pour certaines plantes, je les cultive moi-même. »

L’art crucial au cœur de la tourmente

Pour Moataz al-Fateh, l’art est crucial au cœur de la tourmente politique que traverse le Soudan. Le peintre de 39 ans était présent en 2019 sur le sit-in pacifique devant le quartier général de l’armée qui avait précipité la chute d’Omar al-Bachir.

 « Avec toutes ces couleurs naturelles, j’ai peint plusieurs murs de Khartoum pendant la révolution contre el-Béchir, notamment sur le sit-in. Certaines de mes peintures sont toujours visibles, d’autres ont été effacées. L’une d’entre elles comprenait le slogan : “Liberté, paix et justice“, confie Moataz al-Fateh. J’ai essayé de retourner peindre ce mur, mais les autorités m’ont interdit. Le pouvoir militaire est en train d’effacer peu à peu le travail de nombreux “Street artists” soudanais. Pour les artistes, le Soudan n’est pas un lieu sûr ». 

Aux prémices de la révolution, Moataz al-Fateh a été emprisonné pour ses peintures. Il souhaiterait désormais quitter le pays, voyager à travers le monde, apprendre et partager ces techniques d’extraction de couleurs 100% naturelles. 

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