Tchad: l’enjeu du dialogue national inclusif est de «dessiner un horizon politique au pays»

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                Au Tchad, le dialogue national inclusif s'est ouvert ce samedi 20 août. 1 400 délégués de syndicats et partis politiques vont se réunir durant 21 jours au palais du 15-Janvier de Ndjamena. L'objectif, aboutir à des élections démocratiques : « <em>une opportunité historique de poser de nouvelles fondations pour la stabilité du Tchad</em> » selon le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres. Décryptage de Cécile Petitdemange, docteure en anthropologie et sciences politiques, spécialiste du Tchad.                </p><div readability="131.52610250298">

                <p><strong>RFI : Quel est l’enjeu de ce dialogue national précisément ?</strong>

Cécile Petitdemange : Alors les enjeux sont multiples. C’est d’une part essayer de resserrer en fait la famille politique autour de Mahamat Kaka [surnom de Mahamat Idriss Déby ndlr], essayer de donner un semblant de légitimité, et puis en fait de mettre sur pied, de continuer la feuille de route telle que prévue par la charte de transition. Donc l’enjeu, c’est de réunir, c’est d’essayer de dessiner un avenir politique, un horizon politique au pays. Ce qui ne sera pas forcément chose facile compte tenu aussi des dissensions internes au sein de la société civile comme des partis politiques.

Justement, vous avez évoqué la légitimité de ce dialogue national. Est-ce que cette légitimité sera acquise, puisqu’il y a des absents, des importants groupes rebelles, également des partis politiques d’opposition, pourquoi ont-ils refusé de participer à ce dialogue national ? 

Parce que justement, les partis dont vous parlez, notamment la coalition Wakit Tama qui regroupe un parti politique, le parti politique de Succès Masra, vous avez également au sein des groupes rebelles le Fact, qui a été à l’origine du décès d’Idriss Déby, qui ne participe pas non plus au dialogue. En fait, pour la coalition, enfin, les différents partis d’opposition et la société civile ne reconnaissent pas la charte de transition et ne reconnaissent aucune légitimité au CMT [Conseil militaire de transition ndlr]. Eux, ils ont appelé à ce que Mahamat Kaka ne se représente pas aux élections, ce qui n’a jamais été acté, et sont contre en fait ce processus, donc de fait ne reconnaissent aucune légitimité au CMT et au gouvernement. Pour eux, il faut revoir les bases même de la charte de transition pour pouvoir après aller au dialogue.

C’était effectivement une promesse de Mahamat Idriss Déby à son arrivée au pouvoir, ne pas se présenter à la prochaine élection présidentielle, le sujet sera sur la table de ce dialogue inclusif ?

Oui, certainement, ça va être l’une des pierres d’achoppement, je pense, et c’est là où on va voir les réelles scissions se dessiner.

Parce qu’il n’est pas près de quitter le pouvoir ?

Bien malin qui saura le dire. Pour le moment, lui-même, en fait, l’avait dit, je crois que c’était en février ou en janvier, que si les conditions n’étaient pas réunies, notamment les conditions financières, pour assurer la transition de manière sereine, il pourrait totalement la prolonger, au-delà des 18 mois. De toute façon, les 18 mois là… l’échéance, c’est pour octobre.

Et en octobre, évidemment, il n’y a aucune chance qu’une élection présidentielle soit organisée, la transition va être prolongée ?

Oui, très certainement, c’est ce qui se dessine. Après tout est une question de timing politique et d’effet d’annonce, quand est-ce que ce sera le meilleur moment pour l’annoncer.  

Vous êtes à Ndjamena, que pense la population tchadienne de ce dialogue national et d’ailleurs souhaite-t-elle le départ de la famille Déby ?

Dans la rue, en tout cas, les préoccupations ne sont pas du tout tournées autour du dialogue, parce que le refrain éternel de beaucoup de Tchadiens, c’est « des routes, de l’eau et de l’électricité ». En fait, les besoins primaires de la population ne sont pas du tout couverts. On est en période de saison pluvieuse, il y a pour le moment 22 morts à cause des inondations. Donc, on est vraiment dans une situation sociale et économique extrêmement précaire, et c’est ça qui préoccupe la majeure partie des Tchadiens et non pas le dialogue en tant que tel qui est vu comme une réunion de l’élite. En tout cas un très fort clivage entre l’élite et la population, entre ruraux et urbains.

►À écouter aussi : Invité Afrique – Albert Pahimi Padacké : « Il faut que les Tchadiens tournent la page de la guerre »

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