Tunisie: expulsion brutale d’une famille par la police

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Le 27 mai dernier, l’expulsion brutale par la police, d’une famille défavorisée au centre du quartier de l’Ariana a Tunis a suscité l’indignation de nombreux habitants de Tunis. Meherzia Trabelsi, 86 ans et mère de neuf enfants est devenue le symbole du problème d’accès au logement pour les plus démunis et de la gentrification de certains quartiers de la capitale.

En juin, un groupe de militants et proches de Meherzia sont réunis devant les portes cadenassées de la maison, un portrait dessiné par ses soutiens est affiché à une fenêtre… Symbole d’une mobilisation qui dure depuis des jours pour contester l’expulsion de cette famille, connue de tout le quartier… Rania, sa petite-fille raconte…

« C’était une expulsion très violente, ils l’ont emmenée au poste de police à 6h du matin, je parle de ma grand-mère et de mes tantes, ils ne les ont relâchées qu’à 2h de l’après-midi. Elle n’avait pas ses médicaments. On sait que c’est aussi un contexte de pandémie »

À ses côtés, Sarra, 57 ans, sa tante, qui a aussi été expulsée.

« Cette maison, c’est toute une histoire, depuis les fenêtres, on voyait passer le « tronfail » un petit tramway qui traversait la ville. Mon frère le prenait pour aller étudier. C’est une maison qui nous a vu grandir, qui a vu les mariages se faire, et même des naissances… »

L’expulsion de cette famille après 60 ans dans la maison, et une bataille judiciaire de près de 10 ans avec le nouveau propriétaire des lieux, a suscité l’indignation… L’État n’a pas proposé une alternative de logement décent à cette famille, comme l’explique Rania :

« Je pense que ça résonne avec beaucoup de choses similaires qui se passent en Tunisie. C’est la première fois que la question du droit à la ville et au logement est posée de manière assez politique »

Cette affaire a en effet fait ressurgir les débats sur le droit au logement qui n’est pas constitutionnalisé, contrairement au droit à la propriété… Souha Ben Slama, qui représente l’alliance internationale des habitants en Tunisie, dénonce la gentrification du quartier par les autorités :

« En général ici ce sont des maisons ou des habitations de trois étages du temps de la colonisation et même avant, donc ils sont en train de pousser petit à petit les personnes qui ont un faible revenu à sortir de la ville. C’est une façon de créer des ghettos. »

Rania veut se battre pour sa grand-mère, mais aussi pour préserver le quartier.

« Le quartier est un peu en train de perdre son âme… »

« Ben, comme il va perdre ses habitants, il va perdre son âme »

Ce soir de juin, les soutiens de Meherzia ont allumé des fumigènes et tiré des pétards, un adieu provisoire à la maison, en attendant une décision de la justice en appel… Meherzia, elle, a trouvé refuge pour le moment chez l’une de ses filles.

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