Un projet de loi sur la restitution d’œuvres d’art à l’Afrique examiné en conseil des ministres

Trois statues issues du pillage en 1892 du palais des rois d’Abomey par les troupes coloniales et conservés au Musée du quai Branly, à Paris.

Un premier projet de loi sur la restitution par la France à des pays africains d’œuvres culturelles prises durant la colonisation sera examiné, mercredi 15 juillet, en conseil des ministres, a-t-on appris mardi auprès de l’Elysée.

Ce « projet de loi relatif à la restitution de biens culturels à la République du Bénin et à la République du Sénégal », actera notamment la restitution formelle avec transfert de propriété d’un sabre déjà prêté au Sénégal et que l’ancien premier ministre français Edouard Philippe avait symboliquement remis en novembre 2019 au président sénégalais Macky Sall lors d’une visite à Dakar.

Il s’agit d’une arme historiquement significative, ayant appartenu à l’entourage d’El-Hadj Oumar Tall, un chef de guerre et érudit musulman qui a conquis au XIXe siècle un immense territoire à cheval sur le Sénégal, la Guinée et le Mali, et a lutté contre l’armée coloniale française.

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Côté Bénin, la France s’est engagée sur le retour de 26 objets du patrimoine béninois pillés lors du sac du palais des rois d’Abomey par des troupes coloniales françaises en 1892 et conservés au Musée du quai Branly-Jacques-Chirac à Paris.

Le président français, Emmanuel Macron, avait annoncé cette décision à la fin de 2018 à la suite d’un rapport qu’il avait commandé sur ce thème aux universitaires Bénédicte Savoy, du Collège de France, et Felwine Sarr, de l’Université de Saint-Louis au Sénégal.

Rapports de domination

Les deux spécialistes y avaient posé les jalons d’une restitution à l’Afrique subsaharienne d’œuvres d’art transférées durant la colonisation, recensant des dizaines de milliers d’artefacts, dont beaucoup ont été pillés.

Mais leurs travaux ont été contestés par d’autres spécialistes et des musées comme le quai Branly, qui dispose de la plus importante collection d’arts premiers. Leurs détracteurs se sont inquiétés d’une politisation du débat et de l’argument selon lequel toutes les œuvres en dépôt chez eux depuis la colonisation ont été malhonnêtement acquises ou pillées, et doivent être rendues. Ils avancent aussi l’argument de l’inaliénabilité des collections françaises.

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Ils privilégient la « circulation » des œuvres entre la France et l’Afrique, plutôt que des restitutions avec transfert de propriété, sauf quand, comme c’est le cas pour les statues du palais royal d’Abomey, le pillage par des soldats français à la fin du XIXe siècle a été flagrant.

L’origine de certaines œuvres est inconnue, d’autres ont été achetées ou encore collectées lors de missions ethnologiques et religieuses dans des conditions sujettes à caution en raison des rapports de domination qui régissaient les relations coloniales. Pour en finir avec les incertitudes, les auteurs du rapport plaident pour donner des moyens à la recherche afin de lever le doute sur l’origine de ces œuvres quand c’est possible.

Le Monde avec AFP

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