Zakaria Kadiri: au Maroc, «les trois partis vainqueurs des législatives aussi grâce au monde rural»

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Le Maroc attend la formation de son nouveau gouvernement de coalition. Les tractations entre partis sont en cours. Le roi Mohammed VI a confié cette mission à Aziz Akhannouche, le chef du Rassemblement national des indépendants (RNI), arrivé en tête aux législatives du 8 septembre. Ces élections législatives, régionales et communales marquent la fin d’une époque. Après dix années de gouvernance PJD, les islamistes se sont effondrés dans les urnes. Un « séisme électoral » qui s’est joué aussi dans les campagnes. Pour comprendre le vote du Maroc rural, Amélie Tulet s’est entretenue avec Zakaria Kadiri, professeur en sociologie à l’Université Hassan 2 de Casablanca.

RFI : Comment les Marocains ruraux ont-ils voté pour ces élections de septembre ?

Zakaria Kadiri : Comme toujours, ils se sont mobilisés. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le monde rural au Maroc est fortement politisé, notamment dans les échéances communales : des territorialités qui sont les plus proches des intérêts des ruraux.

Et pour qui ont-ils voté ?

À l’image de la tendance nationale, les trois premiers partis ont eu les trois premières places dans le monde rural. L’autre façon de lire cela, c’est que les trois partis arrivés en tête aux élections ont gagné grâce au monde rural.

Donc les partis arrivés en tête au Parlement -le RNI, le PAM et l’Istiqlal- ont bénéficié pour ces élections à enjeu national d’une mobilisation en leur faveur au niveau des municipales…

Bien sûr, c’est visible fortement à travers la mobilisation de candidats dans des listes locales. Le RNI a eu une couverture assez importante dans le monde rural. Mais il faut signaler que le vote rural n’est pas systématiquement partisan, c’est-à-dire que les ruraux ne votent pas forcément pour un parti, une idéologie partisane de gauche, de droite, libérale, etc. Dans le monde rural, on vote pour des personnes. Des notables, des acteurs associatifs ou des membres de la famille… Et quand on vote pour un notable, on ne va pas toujours se soucier de savoir de quel parti il est. Ainsi, au Maroc, les partis politiques qui veulent gagner dans le monde rural ont intérêt à mobiliser ce type de personnes pour s’assurer, au moins, d’une part du vote.

Donc l’enjeu pour le RNI c’était de choisir les bons profils pour les investir comme candidats aux communales ?

Pas seulement pour le RNI. Pour tous les partis qui voulaient s’assurer une part du vote rural. Ce fut le cas du PAM, du mouvement populaire, de même pour l’Istiqlal dans certaines localités.

Et qu’est-ce que ces partis promettent aux électeurs ruraux ?

J’ai dit tout à l’heure que dans le monde rural, on ne vote pas seulement pour un parti, on vote aussi pour des personnes. Des personnes qui peuvent faire avancer des projets concrets. Les intérêts des ruraux sont surtout articulés autour de projets locaux, autour de routes, par exemple. Pendant longtemps, c’était autour de projets d’électrification… Ce sont des intérêts qui touchent au quotidien. On vote aussi pour des personnes qui sont capables de régler des problèmes, pour les agriculteurs, par exemple, des personnes qui connaissent les rouages administratifs… Donc c’est ce type d’articulations qui permet que l’on vote pour ces personnes-là et non pas systématiquement pour le parti, contrairement à un certain vote dans le milieu urbain, dans les grandes villes.

Est-ce que cela veut dire que c’est ce type de personnalités que les islamistes du PJD n’ont pas réussi à mobiliser pour ce scrutin ?

C’est un des éléments qui a fait échouer le PJD, à la fois dans le vote législatif et dans le vote communal. C’est qu’il n’a pas pu mobiliser assez de candidats. Entre les communales de 2015, et celles de septembre, le PJD a perdu 47% de ses candidats ! Cela veut dire beaucoup de choses. Si dans une commune rurale, le président de commune n’arrive pas à répondre aux attentes de ses sympathisants ou des gens qui ont voté pour lui, dans la mandature qui suit, il va accuser le coup. C’est la capacité du PJD à répondre aux besoins des ruraux qui a échoué. Je pense qu’il y a eu une certaine sanction, le vote est clair là-dessus.

Quel enseignement retenez-vous de ce scrutin ?

Pour moi, en tant qu’analyste du rural, c’est que cela renforce les constats sur le fait que le rural fait la politique au Maroc. Je retiens aussi que, vu la sanction qui a été faite par rapport au PJD, c’est qu’on a vécu un cycle, la fin de dix ans de gouvernance du PJD, d’une certaine communication politique, d’une certaine stratégie… Je suis très, très attentif par rapport à ce qui va venir.

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